Au commencement, il n’y avait pas d’ordinateur. Il n’y avait pas de marketing, pas d’agence de publicité… Rien. Rien que des affichistes. Comme il n’y avait rien et qu’il y avait beaucoup à dire et à montrer, les affichistes faisaient tout. Ils dessinaient et ils peignaient avec leurs mains (les mains, ce sont ces choses pleines de doigts que l’on a au bout de nos avant bras). Ils dessinaient les images, les textes … ils dessinaient tout. Ils utilisaient toutes sortes d’objets extraordinaires. Ils avaient des crayons, des tailles crayons, des gommes, des pinceaux, de la peinture, de la toile, de grandes feuilles de papier… et ils créaient, ils imaginaient tout avec leur cerveau et leur intuition. Simplement cela… l’intuition.


Léo Kouper vient de ce temps là. C’est un dinosaure. Un des derniers. Je le connais moi, Léo Kouper. C’est un dinosaure pas du tout inquiétant. Il a plus de 80 ans et il a toujours plein d’idées extraordinaires. Toujours partant, enthousiaste. Il a toujours, vous savez, une image en cours sur son chevalet. Une nouvelle image. Il faudrait que vous voyiez son atelier. Oui, vous devriez aller le voir. Il y a des tableaux et des peintres partout ; sur les tables, sur les murs et des piles et des piles de cartons remplis d’esquisses, de dessins, d’affiches, qu’il vous montrerait avec enthousiasme. Avec un grand sourire...


Vous, bien sûr, vous vous seriez émerveillés de tant de créativité, tant d’humour. Vous seriez époustouflés de tant de poésie. Alors, pour reprendre votre souffle, il vous faudrait vous asseoir un peu. Et là, il se pourrait bien que votre regard soit doucement attiré par cette peinture en cours sur le chevalet. Vous la regarderiez avec attention cette image. Vous diriez que c’est encore mieux que tout ce qu’il vient de vous montrer.


Maintenant, assis là, sur le petit tabouret, fixant l’image, vous sentez quelque chose d’étrange en vous. Quelque chose d’étrange et d’agréable. Vous regardez cette pomme simplement dessinée et maintenant… vous voyez une chaise et vous réalisez que cela pourrait tout aussi bien être une ville, ou même un violon ! Vous ne savez plus. Vous êtes troublé. Un peu comme dans un rêve, n’est-ce pas ? Les choses ne sont ce qu’elles semblent être. Les significations se condensent, elles se déplacent. Rien n’est jamais figé. C’est au contraire, le royaume fluide du mouvement, des possibles... et vous savez bien vous, que ce mouvement, c’est de la vie...


Maintenant, assis sur votre tabouret, vous levez lentement la tête. Léo est là, debout. Il vous regarde sourire… en souriant.

Léo n’a jamais cessé de créer. Il n’arrêtera jamais. Il a besoin de dessiner. Il a besoin d’inventer sans cesse de nouvelles images. Il n’est pas devenu professeur. Il n’a pas créé d’entreprise. Il ne donne pas de conférence. Il n’écrit pas de livre…

Léo dessine, simplement… il respire.


Joël GUENOUN, Affichiste

 

Quand un affichiste se fait tirer

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